Barcelone érige des barrières sur ses plages. Venise instaure une taxe d’entrée. Amsterdam interdit les nouveaux hôtels en centre-ville. Amsterdam, Rome, Dubrovnik, Majorque, Santorin — partout en Europe, les villes les plus touristiques du monde sonnent l’alarme. Le surtourisme est devenu l’un des sujets les plus brûlants du secteur du voyage. Mais que recouvre exactement ce terme ? Et surtout : marque-t-il la fin du tourisme de masse tel qu’on le connaît ?
Qu’est-ce que le surtourisme ?
Le terme “surtourisme” — ou “overtourism” en anglais — désigne la situation dans laquelle le nombre de visiteurs dans une destination dépasse sa capacité d’accueil au point de dégrader la qualité de vie des habitants et l’expérience des touristes eux-mêmes. Le paradoxe est frappant : une destination devient tellement populaire qu’elle finit par être victime de son propre succès.
Le Partenariat du Tourisme Responsable le définit comme le phénomène où les habitants d’une ville trouvent le nombre de touristes trop élevé, ce qui influence négativement leurs conditions de vie. Il ne s’agit pas uniquement de foule — le surtourisme englobe également la flambée des loyers, la dégradation des sites naturels, la perte d’identité culturelle et la détérioration des infrastructures locales.
Les chiffres qui donnent le vertige
Pour comprendre l’ampleur du phénomène, quelques chiffres suffisent. Venise compte environ 50 000 habitants permanents — et reçoit 25 millions de touristes par an, soit 500 fois sa population. Barcelone a vu sa population touristique dépasser 32 millions de visiteurs annuels, soit 20 fois sa population résidente. Dubrovnik, avec seulement 42 000 habitants, accueille jusqu’à 10 000 touristes par jour en haute saison — deux fois la taille de sa vieille ville.
Ces chiffres ne sont pas des abstractions — ils ont des conséquences directes et mesurables sur la vie quotidienne des habitants.
Les causes du surtourisme
La démocratisation du transport aérien
L’essor des compagnies low-cost a rendu le voyage accessible à une classe moyenne mondiale en forte croissance. Des vols Paris-Barcelone à moins de 30 €, des liaisons directes vers des destinations autrefois difficiles d’accès, des aéroports qui se multiplient — le transport aérien a fondamentalement changé les dynamiques touristiques mondiales depuis les années 2000.
La montée du tourisme asiatique
L’émergence d’une classe moyenne chinoise, indienne et coréenne représente des centaines de millions de nouveaux voyageurs potentiels. La Chine seule comptait 150 millions de voyageurs internationaux par an avant la pandémie. Leur concentration sur un nombre restreint de destinations “iconiques” — Tour Eiffel, Colisée, Sagrada Familia — amplifie mécaniquement le phénomène.
Les plateformes numériques et les réseaux sociaux
Instagram, TikTok et les plateformes de voyage ont créé un phénomène de concentration sans précédent. Quand une photo de la plage de Navagio en Grèce devient virale, des millions de touristes veulent reproduire exactement ce cliché — au même endroit, au même moment. Les “spots Instagram” concentrent des flux que les sites ne peuvent pas absorber.
Airbnb et la financiarisation du logement
Les plateformes de location courte durée ont transformé des milliers de logements résidentiels en hébergements touristiques, réduisant l’offre de logements pour les habitants et faisant exploser les loyers dans les centres historiques. À Barcelone, plus de 15 000 appartements sont listés sur Airbnb — autant de logements retirés du marché locatif pour les résidents.
Les conséquences concrètes pour les habitants
La flambée des loyers et l’éviction des habitants
C’est la conséquence la plus documentée et la plus dramatique. À Venise, la population permanente est passée de 175 000 habitants dans les années 1950 à moins de 50 000 aujourd’hui. À Barcelone, les loyers ont augmenté de plus de 50 % en dix ans dans les quartiers les plus touristiques. Les habitants sont littéralement chassés de leur propre ville par des propriétaires qui préfèrent louer à des touristes.
La dégradation de la qualité de vie
Bruit nocturne, files d’attente envahissantes, restaurants transformés en pièges à touristes, commerces de proximité remplacés par des boutiques de souvenirs — la vie quotidienne des habitants des centres historiques devient de plus en plus difficile. À Dubrovnik, les habitants du centre historique ont organisé des pétitions pour demander la limitation des croisiéristes qui débarquent par milliers chaque matin.
La destruction des sites naturels
L’île de Maya Bay en Thaïlande — rendue célèbre par le film “The Beach” — a dû fermer complètement ses portes pendant plusieurs années pour permettre aux coraux et à la faune marine de se régénérer. Les gorges du Verdon, le Mont-Saint-Michel, les calanques de Marseille connaissent des phénomènes similaires à plus petite échelle.
💡 Voyager autrement — Vous pouvez contribuer à réduire le surtourisme en évitant les destinations saturées en haute saison, en choisissant des hébergements chez l’habitant plutôt que dans des chaînes hôtelières, et en explorant des destinations moins connues. Nos guides de destinations alternatives sur embarke.fr peuvent vous aider.
Les réponses des villes et des gouvernements
Barcelone — la régulation agressive
Barcelone est la ville qui a été le plus loin dans la régulation du tourisme. En 2024, la mairie a annoncé la suppression progressive de tous les appartements touristiques d’ici 2028 — soit 10 000 logements rendus au marché résidentiel. La ville a aussi instauré des quotas de visiteurs dans certains quartiers et interdit les nouvelles licences hôtelières en centre-ville.
Venise — la taxe d’entrée
Venise a instauré en 2024 une taxe d’entrée pour les visiteurs à la journée (5 €) lors des périodes de forte affluence. Si le montant reste symbolique, le principe est historique — c’est la première fois qu’une ville européenne facture l’accès à son centre historique. L’objectif affiché est moins financier que dissuasif : décourager les visites les jours les plus chargés.
Amsterdam — le “stay away”
Amsterdam a lancé en 2023 une campagne de communication radicale ciblant les touristes britanniques jeunes et festifs — leur demandant explicitement de ne pas venir. La ville a aussi interdit les “party boats” sur ses canaux et renforcé les restrictions sur les coffee shops pour les non-résidents.
Les solutions à plus long terme
Au-delà des mesures répressives, les solutions durables passent par la diversification des flux touristiques — créer de nouveaux pôles d’attraction en périphérie des sites saturés, favoriser le tourisme hors saison, développer des infrastructures dans des destinations moins connues. Le tourisme lent, le tourisme rural et le tourisme culturel de niche sont présentés comme des alternatives viables au tourisme de masse.
Le surtourisme signe-t-il vraiment la fin du tourisme de masse ?
La réponse honnête est non — du moins pas à court terme. Le tourisme mondial continue de croître. L’OMT prévoit que le nombre de voyageurs internationaux passera de 1,4 milliard en 2023 à près de 2 milliards d’ici 2030. Le tourisme de masse ne disparaîtra pas — il va se transformer.
Ce qui change, en revanche, c’est la prise de conscience collective — chez les habitants qui résistent, chez les gouvernements qui régulent, et chez une partie croissante des voyageurs eux-mêmes qui cherchent à s’éloigner des foules. L’émergence du tourisme lent, du tourisme responsable et du “voyage hors des sentiers battus” traduit une vraie évolution des mentalités.
La question n’est plus “faut-il voyager ?” mais “comment voyager mieux ?”. Et ça, c’est une transformation profonde — même si elle est lente.
Questions fréquentes sur le surtourisme
Quelles sont les villes les plus touchées par le surtourisme en Europe ?
Barcelone, Venise, Amsterdam, Dubrovnik, Santorin, Majorque et Rome sont parmi les destinations européennes les plus affectées. Ces villes cumulent des centres historiques de petite taille, une forte attractivité internationale et des populations résidentes réduites — une combinaison particulièrement vulnérable au surtourisme.
Comment éviter de contribuer au surtourisme en tant que touriste ?
Visitez les destinations populaires hors saison, explorez des alternatives moins connues (Gênes plutôt que Rome, Porto plutôt que Lisbonne en haute saison), restez plusieurs jours plutôt qu’une nuit, choisissez des hébergements indépendants, mangez dans les restaurants fréquentés par les locaux plutôt que dans les zones touristiques.
Le surtourisme va-t-il disparaître ?
Non à court terme — le tourisme mondial continue de croître. Mais les régulations s’accumulent, les consciences évoluent et de nouvelles formes de tourisme plus responsables émergent. Le surtourisme ne disparaîtra pas mais il sera de mieux en mieux encadré dans les années à venir.
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Mis à jour en avril 2026.
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